Air for sale

« Du point de vue de l'immobilier, l'air est simplement une terre invisible, car vous pouvez en tirer parti. » Ross F. Moskowitz, Stroock & Stroock & Lavan.

A Manhattan, on peut acheter le ciel non bâti de son voisin pour construire plus haut que la règle d’urbanisme ne l’autorise, ce qu’on appelle les «air rights». Le développement des villes occidentales est règlementé, planifié mais cette particularité new-yorkaise apporte une dimension «accidentelle» à cette pensée. L’enchevêtrement des parcelles, des bâtiments, le développement tentaculaire des villes est souvent montré de haut, en plan. Cette complexité, comme un jeu de dominos, se joue ici sur le plan vertical.

Il se n’agit pas simplement de construire toujours plus haut, mais de créer des déséquilibres : des bâtiments de grande hauteur peuvent exister parce que d’autres de petite taille ne sont pas surélevés. La forme de la ville qui émerge est donc chahutée, avec des gratte-ciels de plus en plus hauts et fins. Mais le paysage vu depuis le piéton, ou depuis la fenêtre du quidam, s’en trouve d’autant plus affecté. La complexité et l’abstraction ressentie à la lecture du plan d’une mégapole se transfère dans la troisième dimension. Un nouveau paysage urbain émerge, où l’horizon tendrait à disparaître au profit de formes et motifs architecturaux superposés.

Ce travail, sans retouches ou montage, joue avec cette morphologie urbaine par des perspectives qui brouillent la compréhension de l’espace et créent des compositions abstraites de formes et de couleurs où l’appréhension de l’échelle humaine ne peut se raccrocher qu’à la dimension des fenêtres.

Mon lopin de ciel